PENSER LE TRAVAIL AVEC SIMONE WEIL – EMMANUEL GABELLIERI

Cadeau de l’auteur, cet ouvrage qui extrait de sa thèse, Être et don chez Simone Weil, les problématiques liées au travail. Je ne peux que recommander la lecture de cet ouvrage accessible mais ô combien fondamental : il témoigne en effet qu’il est bien d’autres manières de penser l’activité humaine que le paradigme managérial nord-américain. Emmanuel Gabellieri  introduit plus particulièrement une filiation entre la pensée de Simone Weil et la tradition des coopératives issue de Proudhon. Stimulant !

Illustration par cette citation de S. Weil : « La seule sagesse consiste à savoir qu’il y a un monde, c’est-à-dire une matière que le travail seul peut changer et que, l’esprit excepté, il n’y a rien d’autre ».

 

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APRÈS NOUS LE DÉLUGE – PETER SLOTERDIJK

Peter Sloterdijk, philosophe allemand inclassable, revient avec un ouvrage qui fait office de réquisitoire contre une modernité suicidaire : qui a abandonné le mimétisme généalogique, celui par lequel le fils devient père et le disciple maître, au profit de l’imitation horizontale et sans profondeur, donc superficielle, qu’est la mode. Magistral, d’autant plus que l’auteur propose une interprétation tout à fait stimulante du christianisme qui n’influence plus la modernité selon un processus de sécularisation mais selon la mise en place d’un modèle chaste et fraternel.

 

Deux extraits pour stimuler l’appétit de lecture

p. 34 : « Après les événements de 1793, la déstabilisation de toutes les situations, matérielles comme symboliques, était devenue épidémique. un tumulte permanent, fait de révolutions et de déracinements, avait remplacé les cycles stables, entrecoupé par des phases de désanimation artificielle ».

p. 276 : « Toute l’oeuvre de Paul peut être lue comme s’il avait inlassablement tourné autour de cette phrase qu’il ne pouvait pas prononcer: « Là où était la génération doit advenir la succession imitative ». Nous n’engendrons plus, nous baptisons et nous successions. Nous ne nous reproduisons plus, nous enseignons et nous convertissons. Nous ne croyons plus en un avinerai résiderait dans nos propres enfants, nous nous préparons pour un tout autre monde qui s’ouvrira à nous avec la fin prochaine de on actuel. »

 

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Jean VIOULAC : Science et Révolution

D’aucuns ont dû s’étonner que Jean Vioulac ait reçu le Grand Prix de Philosophie de l’Académie Française pour l’année 2016. Avec seulement quatre ouvrages à son compteur ! Des mauvaises langues pourraient en outre y voir l’influence de Jean-Luc Marion qui signa la préface d’Apocalypse de la Vérité, et accueille dans sa célèbre collection trois des quatre livraisons de son protégé.

Mais que l’Académie Française se décide à primer Jean Vioulac est en réalité bien réconfortant. Voici un auteur qui commerce brillamment avec Hegel, Marx, Husserl et Heidegger  pour en proposer des lectures techniques mais rafraîchissantes. Et surtout, qui ne perd pas de vue le sens de son entreprise philosophique: penser la sortie de l’histoire enclenchée par la Révolution Industrielle et l’entrée dans la posthistoire lancée par la Révolution Cybernétique.

Jean Vioulac avait déjà surpris son monde en articulant Marx et Heidegger dans L’époque de la Technique : il manquait peut-être au premier l’appréhension du Gestell alors que le second péchait en n’intégrant pas l’argent et le Capital à sa réflexion. Mais que dire alors de cette relecture de la philosophie de Husserl, et notamment la superbe analyse du passage de sa seconde période, marquée par l’enfermement de la subjectivité dans la citadelle transcendantale, à sa troisième période, caractérisée par la redécouverte non seulement de la Terre (Erde) comme sous-sol primordial, mais également de l’intersubjectivité et de la communauté fondée sur le travail: de quoi dresser des ponts inattendus mais assurément puissants vers Marx !

Bref, un auteur en passe de devenir incontournable !

 

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Alfred CROSBY – La mesure de la réalité

Le livre d’Alfred Crosby, La mesure de la réalité, retrace la généalogie de la mentalité quantitative qui a envahi l’Europe, puis l’Occident et le Monde, et en situe très précisément l’émergence dans les 50 ans qui séparent 1275 de 1325. Une révolution aussi importante que celle que connut la fin du 19e et le début du 20e siècle (cubisme, psychanalyse, relativité, dodécaphonisme, mort de Dieu, etc.). Un itinéraire passionnant qui met en exergue l’importance prise par la visualisation, que ce soit avec l’horloge, les cartes marines, la comptabilité en partie double, la partition musicale, la perspective picturale…A lire !

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QUAND LE MONDE S’EST FAIT NOMBRE – OLIVIER REY

Après Une question de taille, voici Olivier Rey de retour avec Quand le monde s’est fait nombre. On reste, me direz-vous, dans le registre de la grandeur, et c’est bien vrai. L’auteur tire magnifiquement parti de son passé de mathématicien pour nous présenter une genèse précise et détaillée des statistiques et de leur emprise progressive sur la vie des sociétés occidentales. S’il fallait résumer la thèse de l’ouvrage, alors nous la formulerions ainsi : dans une société moderne éclatée qui a brisé les cadres communautaires légués par la tradition, l’idoine moyen de retrouver une unité n’est autre que celle, certes fictive mais bien efficace, qu’offrent les indicateurs de la statistique.

On notera également ce point intéressant car trop méconnu: c’est d’abord dans le champ des sciences humaines que les statistiques ont connu leur essor (principalement avec le fameux « homme moyen » de Quételet) avant de gagner les sciences de la nature avec les travaux sur l’hérédité et la thermodynamique. Au fond, la façon dont nous traitons le monde par les chiffres reflète avant toutes choses le regard que nous portons sur notre propre identité. Quelle leçon saurons-nous en tirer?

 

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CRITIQUE DE LA CONDITION MANAGÉRIALE – GHISLAIN DESLANDES

Dernière livraison de Ghislain Deslandes, philosophe et professeur à ESCP-Europe : Critique de la condition managériale, lecture plus que recommandable par les temps utilitaristes qui courent. Malgré les raccourcis étymologiques et historiques qui rapprochent trop rapidement management et ménagement, le fil directeur de l’ouvrage demeure plus que pertinent car la convocation de la phénoménologie matérielle de Michel Henry permet d’égratigner sérieusement le dogme techno-managérial et de ménager une place pour l’affectivité dans l’activité du travail. A lire !

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