PENSER LE TRAVAIL AVEC SIMONE WEIL – EMMANUEL GABELLIERI

Cadeau de l’auteur, cet ouvrage qui extrait de sa thèse, Être et don chez Simone Weil, les problématiques liées au travail. Je ne peux que recommander la lecture de cet ouvrage accessible mais ô combien fondamental : il témoigne en effet qu’il est bien d’autres manières de penser l’activité humaine que le paradigme managérial nord-américain. Emmanuel Gabellieri  introduit plus particulièrement une filiation entre la pensée de Simone Weil et la tradition des coopératives issue de Proudhon. Stimulant !

Illustration par cette citation de S. Weil : « La seule sagesse consiste à savoir qu’il y a un monde, c’est-à-dire une matière que le travail seul peut changer et que, l’esprit excepté, il n’y a rien d’autre ».

 

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QUAND LE MONDE S’EST FAIT NOMBRE – OLIVIER REY

Après Une question de taille, voici Olivier Rey de retour avec Quand le monde s’est fait nombre. On reste, me direz-vous, dans le registre de la grandeur, et c’est bien vrai. L’auteur tire magnifiquement parti de son passé de mathématicien pour nous présenter une genèse précise et détaillée des statistiques et de leur emprise progressive sur la vie des sociétés occidentales. S’il fallait résumer la thèse de l’ouvrage, alors nous la formulerions ainsi : dans une société moderne éclatée qui a brisé les cadres communautaires légués par la tradition, l’idoine moyen de retrouver une unité n’est autre que celle, certes fictive mais bien efficace, qu’offrent les indicateurs de la statistique.

On notera également ce point intéressant car trop méconnu: c’est d’abord dans le champ des sciences humaines que les statistiques ont connu leur essor (principalement avec le fameux « homme moyen » de Quételet) avant de gagner les sciences de la nature avec les travaux sur l’hérédité et la thermodynamique. Au fond, la façon dont nous traitons le monde par les chiffres reflète avant toutes choses le regard que nous portons sur notre propre identité. Quelle leçon saurons-nous en tirer?

 

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CRITIQUE DE LA CONDITION MANAGÉRIALE – GHISLAIN DESLANDES

Dernière livraison de Ghislain Deslandes, philosophe et professeur à ESCP-Europe : Critique de la condition managériale, lecture plus que recommandable par les temps utilitaristes qui courent. Malgré les raccourcis étymologiques et historiques qui rapprochent trop rapidement management et ménagement, le fil directeur de l’ouvrage demeure plus que pertinent car la convocation de la phénoménologie matérielle de Michel Henry permet d’égratigner sérieusement le dogme techno-managérial et de ménager une place pour l’affectivité dans l’activité du travail. A lire !

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2016 : année du califourchon?

Chevaucher le tigre

 

Il est naturellement de coutume de débuter l’année par les vœux. Et comme mon caractère me porte plutôt au respect des traditions, je ne me déroberai pas à l’exercice.

 

Mais puis-je platement vous souhaiter « une bonne année », « la santé », « la réussite », « le succès dans vos initiatives » et autres formules convenues ? Assurément non. Certains modèles d’expression normée ont certes leur raison d’être, comme cela semble être le cas de la courtoisie ou encore de la liturgie. Mais comment une société déritualisée, qui fuit le symbole comme la peste, pourrait-elle encore donner chair et sens à de tels actes locutoires ?

 

L’expression des vœux relève ainsi plus du signe que du rituel, plus de la communication que de la communion. Et donc plus du processus que du contenu. Nous y voilà donc : il est aujourd’hui plus important d’exprimer ses vœux, et de les multiplier à l’aide des Smartphones et des réseaux sociaux, que de prêter attention à ce que l’on souhaite.

 

Et pourtant…que nous disent-elles, ces formules toutes faites, si nous tendons l’oreille pour les écouter et non pas seulement les entendre ? Souhaiter à quelqu’un le bonheur et la santé, en les associant d’ailleurs dans la même phrase, c’est bien promouvoir cet utilitarisme du bien-être, chanter cette arithmétique des plaisirs et des peines qui sert de boussole à l’homme postmoderne, porter l’individu à la hauteur d’un Principe. Peut-être faudra-t-il réinventer une théologie négative à cet effet.

 

« Bonne année », « meilleurs vœux » : on surprend ici en acte l’étêtement du Bien et l’écimage du Meilleur. Plongés dans la société du spectacle, nous restons prisonniers de la caverne, de ses ombres et de ses simulacres, sans que ne s’ouvre plus pour nous le chemin sinueux et caillouteux vers le monde intelligible et le Souverain Bien (« encore au-dessus de l’Être », selon le mot de Platon). Empêtrés dans un égalitarisme niveleur et captifs du règne de la quantité, tout accès aux sommets aristocratiques de l’esprit nous est désormais interdit. Le bien et le meilleur se rapportent alors à notre petite condition individuelle, à nos bobos, à nos bleus à l’âme, à notre carrière, à nos goûts (dont on sait que le relativisme contemporain leur laissera une place), à nos croyances (dont on sait qu’elles pourront s’exprimer librement à condition de ne pas être contraires à l’opinion formatée, de ne pas être para doxa), à notre confortable spiritualité façonnée par le New Age mondialisé, marchandisé et surtout adogmatique.

 

Au moins peut-on profiter de la parodie institutionnelle et des vœux aussi sincères qu’improvisés de nos représentants divers et variés. L’année peut ainsi terminer par un bon fou rire, avant que la réalité, celle qui, éprouvée dans la chair et dans la pensée, ne se représente justement pas, ne nous rattrape pour nous rappeler à notre condition posthistorique : Homo festivus parade dès le premier janvier !

 

Que me reste-t-il donc à vous souhaiter, dans ce paysage apocalyptique qui est autant, comme nous le rappelle l’étymologie, destruction que révélation, si ce n’est à chevaucher le tigre et d’être à califourchon sur l’identité de la civilisation européenne et de la nation française ?

Séminaire au Collège d’Études Mondiales : Accélérations et régulations


Accélérations et régulations : les défis de la vitesse pour le vivre-ensemble (Argument et Programme)

Christopher Pollmann

Professeur agrégé de droit public

Université de Lorraine – Metz

Visiting Fellow, Harvard Law School (2001-02)

Hartmut Rosa

Professeur de sociologie

Université d’Iéna (Allemagne)

New School for Social Research, New York

 

Beaucoup de choses s’accélèrent. Nombre de gens voient leur vie s’enfuir et le temps leur manquer… Si l’augmentation des vitesses est réelle, le gain de temps attendu l’est moins. La multiplica­tion des options et l’injonction moderne comme quoi une vie bonne serait une vie bien remplie créent même saturations individuelle et collective.

Dès lors, l’individu “hypermoderne” doit toujours plus mais peut sans cesse moins prévoir et préparer les étapes de sa vie. De même, les besoins de régulation et donc d’anticipation publiques augmentent, alors que l’accélération tech­nique et socio-économique diminue le temps disponible à cet effet. D’où l’ambition de la mécanisation. Ainsi, la politique a déjà été largement trans­férée aux exécutifs, réputés plus rapides. Le droit et la justice, une fois informatisés et “procéduralisés”, seraient commandés par des exigences purement techniques et dépourvus de sens normatif.

Paradoxalement, l’accélération génère une stagnation croissante. Comme le corps humain, lors de son déplacement motorisé, s’immobilise dans des “projectiles”, le collectif pressé, par sa dynamisation privée de direction, subit un enfermement sur le présent. D’où l’impres­sion d’une fin de la politique en tant que possibilité de façonner l’avenir.

Inspiré d’une pédagogie interactive, le séminaire – gratuit et sans inscription – s’adresse à toute personne intéressée et notamment aux étudiants et chercheurs en sciences humaines, en droit et en philosophie.

Dates : les lundis suivants de 18 à 20 h : 8 fév., 7 et 21 mars, 4 avril, 2 et 23 mai, 6 et 20 juin 2016

Lieu : Bât. Le France, salle du Conseil A/B, 190 av. de France, Paris 13e, Métro Quai de la gare

Contact : pollmann@univ-metz.fr, tél. [#33] (0)3 87 76 05 33. Affiches et programme détaillé sur http://arche.univ-lorraine.fr/course/view.php?id=10548.

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