LES SOMMETS DU MONDE – PIERRE MARI

C’est un récit de la fin de l’Algérie française émouvant, poignant, déchirant que nous offre le romancier Pierre Mari. J’en suis ressorti le ventre ouvert, tripes à l’air et coeur arraché. Avec aussi les yeux humides au moment de refermer cette bouffée de nostalgie :  » les yeux noyés, et en avant » comme dit la phrase qui clôt ce roman des origines.

 

Il y a la vie qu’on mène et il y a l’autre. Celle qui ne se laissera jamais faire, ni conduire nulle part. Celle qui se fiche bien de toute espèce de chemin, étape ou destination. Celle qui s’accroche à un point de notre histoire, à ne plus vouloir en démordre – continuez sans moi, je plante là ce qui me sert d’étendard, et au diable la suite. On avale tellement de temps qu’on s’en ferait sauter le corps et l’âme, s’il n’y avait pas cet acharnement d’orgueil à rester en arrière. A chercher le jour indépassable où tout a été dit. A se débattre avec les prétendants au titre, dans la seule mêlée qui finalement vaille le coup. (page 293)

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La rame à l’épaule – Conférence au Cercle Aristote

Ci-dessous la vidéo de présentation de mon dernier ouvrage, « La rame à l’épaule. Essai sur la pensée cosmique de Jean-François Mattéi », conférence présentée dans le cadre du Cercle Aristote :

 

 

L’ouvrage a été préfacé par Jean-Jacques Wunenburger, postfacé par Pierre Magnard, et illustré par mon ami Vadim Korniloff. Vous pouvez l’acheter en cliquant sur sa couverture :

 

 

 

 

 

 

Il me manquait un Asensio, le voici !

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Et voici, comme un avant-goût, page 35 :

« C’est que la parole, avec Héraclite l’Obscur et Platon, dans les traditions juives ésotériques qui évoquent l’exigence de deux Torah, l’une écrite, offerte à tous et l’autre parlée, secrète et invisible, a gardé, contre sa trace écrite justement, donc dramatiquement définitive, une liberté et un prestige inépuisables, remarquables, fascinants parce qu’ils se veulent originels: le prestige même dont les textes sacrés auréolent la première parole, bien sûr divine, infinie, divinement libre. Ainsi la venue du Christ, parole vivante et source de toute parole, pourra bien représenter aux yeux des artistes et des théologiens de l’Occident médiéval chrétien la matrice de toute création artistique et le Graal qu’il s’agira, coûte que coûte, de découvrir, ou plutôt de redécouvrir. »

 

 

Puis-je vous conseiller une cure d’Asensio pour les fêtes de Pâques?

Asensio

Les obsessions de Juan Asensio : le Mal, la Parodie et le Simulacre, la Parole et les logocrates, la Création, le Silence.

Les incontournables de Juan Asensio : Bernanos, Bloy, Gadenne, Conrad, Hello, Sabato, Steiner, Boutang.

Une écriture emportée, engagée, sacrificielle, passionnelle, rédemptrice, christique. Cela vous changera de la marmelade postmoderne. Il se défend certes d’être universitaire – et que l’université ne veuille pas de lui prouve à quel point elle est malade -, mais par son écriture le concept retrouve son tranchant alors que tant d’intellectuels-fonctionnaires noient les idées dans le maelström indifférencié d’un novlangue moralo-technique.

Et pour ne rien gâcher, je découvre sous sa plume cet extrait de Roberto Calasso dans La Ruine de Kasch :

 » Organisation : ce mot menaçant que nous trouvons partout, du bas de l’échelle à son sommet, est désormais le mot métaphysique, et même: c’est le mot où toutes la métaphysique semble avoir émigré comme une famille de nobles déchus dans un trois-pièces de banlieue. Et pourtant, de leur misérable observatoire, ils semblent exercer un pouvoir qui ne s’est jamais étendu si loin ».

Asensio serait-il sensible à la colonisation managériale de nos existences?

Son site, à visiter de toute urgence : http://www.juanasensio.com

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Etienne Gilson, La philosophie de Saint Bonaventure : grandiose conclusion

Extrait :

La doctrine de Saint Bonaventure maque donc à nos yeux le point culminant de la mystique spéculative et constitue la synthèse la plus complète qu’elle ait jamais réalisée. Dès lors, on comprendra sans peine qu’elle ne soit jamais rigoureusement comparable en aucun de ses points à la doctrine de Saint Thomas d’Aquin. Sans doute, nier leur accord fondamental serait absurde; ce sont deux philosophies chrétiennes et chaque menace contre la foi les trouve unies pour faire front contre elle. S’agit-il du panthéisme? L’une et l’autre enseignent la création ex nihilo et maintiennent une distance infinie entre l’être par soi et l’être participé. S’agit-il de l’ontologisme? L’une et l’autre nient formellement que Dieu puissent être vu par la pensée humaine dès cette vie, à plus forte raison nous en refusent-elles cette connaissance habituelle que l’ontologisme accordait.S’agit-il du fidéisme? L’une et l’autre lui opposent l’effort le plus complet de l’intelligence pour prouver Dieu et pour interpréter les données de la foi. S’agit-il du rationalisme? L’une et l’autre coordonnent l’effort de l’intelligence à l’acte de foi et maintiennent l’influence bienfaisante de l’habitus de la foi sur les opérations de l’intelligence. Accord profond, indestructible, proclamé par la tradition qui l’a soumis à l’épreuve des siècles que personne d’ailleurs, mêmes au temps des pires luttes doctrinales, n’a jamais contesté. Mais si ces deux philosophies sont également chrétiennes, en ce qu’elles satisfont également aux exigences des données de la foi, elles n’en restent pas moins deux philosophies. Et c’est sans doute pourquoi dès 1588 Sixte V proclamait, et en 1879 Leon XIII rappelait, qu’ils furent deux à construire la synthèse de la pensée scolastique au moyen âge et qu’aujourd’hui encore ils restent deux à la représenter; deux nourritures et deux lumières: duae olivae et duo candelabra in domo Dei lucentia. Les tentatives auxquelles se livrent parfois leurs interprètes pour transformer en une identité de contenu l’accord fondamental que nous avons marqué entre les deux systèmes, peuvent donc être considérées comme inutiles et vaines dès leur principe; car il est clair que si ces deux doctrines sont organisées selon deux préoccupations initiales différentes, elles n’envisageront jamais sous le même aspect les mêmes problèmes, et que par conséquent l’un ne répondra jamais à la question précise que l’autre se seras posée. La philosophie de Saint Thomas et celle de Saint Bonaventure se complètent comme les deux interprétations  les plus universelles du christianisme et c’est parce qu’elles se complètent qu’elles ne peuvent ni s’exclure ni coïncider.

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Fraigneau – Journal profane d’un solaire M. De Pontchâteau

Fraigenau Pontchâteau

 

Rome (Fêtes de Pâques)

 

Ici, seulement, le Christ est ressuscité dans toute sa gloire. Il décide que le monde est le verger en fleurs où réfléchir sa face rayonnante. Parterre aux couleurs mêmes de tulipes, de roses, d’anémones, de genêts, de jasmins; pourpre cardinalice, or des chasubles, étincellement des pierres précieuses, manteaux brodés des princes et des chevaliers de Malte, avec leurs croix comme des pervenches, encensoirs balancés et leurs pétales de fumées qui se dispersent, danses sacrées des marbres géants du Bernin; plus loin, champs en fête d’un peuple agenouillé et coiffé de mouchoirs violents, étendards et grappes de lilas; puis, tout les palais orangés et pavoisés; enfin, l’immense campagne aux ruines joyeuses et les cloches s’envolant aux quatre coins du monde parmi la neige tournoyante des colombes de paix.

 

Charles Maurras, Les vergers sur la mer. En ouvrant une page au hasard…L’étang de Marthe

Les vergers sur la mer

La patronne d’Athènes a donc régné sur nos rochers et leur pure corniche connut les pompes dérivées de Panathénées archaïques. Un ciel infiniment moins brutal que celui du reste de la Provence maritime flotte sur ces promontoires bleus et dorés; la délicatesse de sa lumière ne pouvait manquer d’enchanter des yeux ioniens, soit qu’elle s’éteignît sur les eaux du couchant, au milieu des plus vives nuances de la pourpre, adoucies d’améthyste et d’or, soit que ses premiers feux revinssent couronner de safran et de rose le cône vigoureux où se lève notre soleil.

Bruno Pinchard, Méditations mythologiques (2002)

Pinchard

Savoir commencer par les mots, c’est toujours commencer dans les mots d’un autre. Me voici contraint d’articuler  que par les mots je suis comme un autre. Sujet parlant, je suis un sujet aliéné toutes les fois que je me prononce. Comment dire moi sans raconter l’histoire d’un autre? Dire « moi », ce n’est pas seulement dire « je », c’est sans cesse répéter cette Odyssée où Ulysse raconte ses voyages parce qu’il ne sait pas dire comment il est entré dans l’épopée dont il est le héros étonné.