QUI SUIS-JE?

Je suis né sur la colline Sainte-Croix. Le mamelon des origines, le tertre du commencement : le peuple des Médiomatriques y fonda en effet son oppidum qui allait devenir Divodorum, la « place des dieux », puis Mettis et enfin Metz. C’est un peu comme la colline inspirée de Maurice Barrès, ou la montagne magique de Thomas Mann.  Que l’homme, cet enfant de l’humus de la Terre, puisse venir au monde sur les hauteurs ; que chaque naissance reproduise l’aurore de la cité pour établir la secrète continuité qui lie les générations à une même trame, ce destin commun, ne dût point effleurer l’esprit des décideurs dont les précieux indicateurs eurent raison de la maternité, et l’établirent en pleine campagne pour gagner en place, et finalement en perdre, pour respecter les normes, et finalement les transgresser. J’y suis donc né, comme mon épouse et mes deux premiers enfants ; Clothilde n’eut pas cet heur, qui vit la lumière dans un monde intégralement fonctionnel, dépourvu de toutes références symboliques, comme suspendu, tel le sourire du chat de Cheshire, entre passé et avenir. Où donc est sa bonne étoile?

Entre étoile et dés-astre : tel pourrait, pourquoi pas?, se formuler le fond de mes pensées et de mes écritures. L’étoile, c’est le flamboyant pentagramme de Pythagore qui précéda le Souverain Bien de Platon, l’étoile polaire de Hegel et les amitiés stellaires de Nietzsche. La philosophie ne saurait en effet se réduire à une raison desséchée et exsangue, sous peine de sombrer dans la sophistique ou le scientisme, mais se nourrit du mythe et de ses symboles vivifiants pour donner à voir l’ordre du monde, le cosmos. Telle est la saine rationalité qui reconnaît sa limite et se fait l’expression de la juste mesure.

Le management, dans cet univers constellé, est comme l’étoile noire de l’empire, heureusement détruite par un jeune chevalier Jedi en devenir : emplie de la force en son versant obscur, elle poursuit la seule finalité de l’accroissement de sa puissance, dans une auto-référence qui la prive de toute extériorité et la coupe de toute transcendance. Le management promeut et met en musique, une rhapsodie voire une cacophonie assurément, la fonctionnalité intégrale du monde ainsi que les subtils modes de programmation de l’être humain. Car s’il est un absent dans ces nouvelles Règles pour le parc humain, c’est bien l’homme, toujours mortel malgré les promesses du transhumanisme, et plus que jamais tendu entre deux infinis.

Baptiste Rappin

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