BIENTÔT DISPONIBLE : AU RÉGAL DU MANAGEMENT – LE BANQUET DES SIMULACRES

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Abu Bakr Naji, Gestion de la barbarie (traduction française 2007, page 74)

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De l’usage de la violence

Ceux qui n’étudient le jihad que théoriquement, c’est-à-dire le jihad tel que décrit sur le papier, ne comprendront jamais ce chapitre. De façon regrettable, les jeunes de notre Oumma ne comprennent plus la nature des guerres depuis qu’on les a privés d’armes. Celui qui s’est engagé vraiment dans le jihad sait que ce n’est rien d’autre que violence, cruauté, terrorisme, terreur et massacres (je ne parle que du jihad et du combat, pas de l’islam qui ne doit pas être confondu avec ça). Et il ne sait pas qu’il ne peut continuer à se battre et à progresser d’une étape à l’autre si l’étape initiale ne passe pas par un stade de massacres et de terrorisme à l’égard de l’ennemi. Et on a souvent besoin de violence dans les autres étapes du combat. Il ne peut continuer le jihad dans la douceur, pensant que la douceur est un moyen de dissuader d’autres gens de rejoindre le jihad, de prendre position et de participer aux actions: les ingrédients même de la douceur sont les ingrédients de l’échec de toute action jihadiste.

Extrait (Au fondement du Management – Théologie de l’Organisation, Volume 1)

Couverture Au fondement du Management

Autant les auteurs anonymes de Gouverner par le chaos ont su percevoir les liens entre gestion et cybernétique, autant il faut rendre grâce à Tiqqun d’explorer, à la suite de Martin Heidegger, « l’hypothèse cybernétique ». Ce que le philosophe de la Forêt Noire a évoqué sans développer : « Il n’est pas besoin d’être prophète pour reconnaître que les sciences modernes dans leur travail d’installation ne vont pas tarder à être déterminées et pilotées par la nouvelle science de base, la cybernétique. Cette science correspond à la détermination de l’homme comme être dont l’essence est l’activité en milieu social »[1], Tiqqun le pousse à son étincelant paroxysme, à tous niveaux et sur tous plans : ontologique, politique, éthique. Les travaux de cette revue, dont la parution s’est arrêtée dès le second numéro, se répartissent en deux groupes : le premier contient les réflexions sur l’être-au-monde contemporain et contient par exemple la Théorie du Bloom et la Théorie de la Jeune Fille ; le second relève de la « métaphysique critique » comme pensée et expérience de la subversion du nihilisme économique contemporain. « L’hypothèse cybernétique » appartient à ces deux catégories, elle qui débute par une présentation de la cybernétique comme nouvel être-au-monde informationnel et dispositif de contrôle damant le pion à l’autorité traditionnelle, et s’achève par des considérations stratégiques et tactiques sur les modalités du basculement de l’Empire. La cybernétique achève la métaphysique occidentale en rendant le monde totalement présent à lui-même, dans une transparence intégrale et lumineuse dans laquelle tout fondement se trouve immanentisé – l’information comme subjectum –, elle est la métaphysique de la fin de la métaphysique. Elle intensifie jusqu’à son extrême la logique du processus propre à la modernité depuis René Descartes[2], elle rend le monde liquide et fait de lui un ensemble de flux ne cessant de s’accélérer vertigineusement[3], dans une singulière ironie de l’histoire qui voit la fin de la métaphysique dans la dilution généralisée alors même qu’elle émargea des eaux de Thalès  : mais cela suppose la décapitation de tout tiers, l’éradication de toute verticalité, la suppression de toute transcendance ; la cybernétique ne suppose plus que l’on se positionne pour un choix de valeurs, mais travaille au contraire à l’acceptation par l’humanité d’un postulat d’absence de valeurs auxquelles se substituent des finalités et des buts qui permettent d’assurer le contrôle par rétroaction des comportements. Voici très précisément l’un des sens que Friedrich Nietzsche attribuait au concept de « nihilisme » : « Que s’est-il passé au juste ? Le sentiment d’absence de valeur s’est fait jour lorsqu’on a compris que le caractère de l’existence dans son ensemble ne saurait être interprété ni par le concept de « fin », ni par le concept d’ « unité », ni par le concept de « vérité ». On n’aboutit à rien ni n’atteint rien, de la sorte […]. Bref : les catégories « fin », « unité », « être » par lesquelles nous avons glissé une valeur au monde, voici que nous les en retirons – et désormais le monde paraît sans valeur… »[4].

[1] Martin Heidegger, Questions IV, « La fin de la philosophie et la tâche de la pensée », Gallimard, 1976, p.284-285.

[2] Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, op. cit., p.370.

[3] Zygmunt Bauman, La vie liquide, Le Rouergue / Chambon, 2006 ; Le présent liquide. Peurs sociales et obsession sécuritaires, Seuil, 2007.

[4] Friedrich Nietzsche, Fragments Posthumes 1987-1988, Gallimard, 1976, [99].

Heidegger et la question du Management : Argument !

Première de couv

Qui ne se souvient du mythe de la caverne par lequel Platon présente notre humaine condition ? Des hommes, retenus par un joug, dont le regard ne peut qu’apercevoir les ombres qui se meuvent sur la paroi de la grotte…avant que l’un d’entre eux ne se détache et ne débute, dans la souffrance et le tourment, l’aventure de la philosophie.

Cette scène ne se rejoue-t-elle pas aujourd’hui au sein de ce que Heidegger nomme « l’époque planétaire » qui se caractérise, de façon essentielle, par la cybernétique et le management mondialisé ? Question toute rhétorique, nous en convenons. En d’autres termes, l’ouvrage défend la thèse que le management est à Heidegger ce que les sophistes furent à Platon, à savoir des simulacres de philosophie et de rationalité.

Deux fils, enlacés l’un dans l’autre, forment la trame de la réflexion. Il s’agit d’une part de repérer la présence, en creux, du management au sein de la philosophie de Heidegger : il s’y révèle en effet comme une étape cruciale de la métaphysique occidentale qui arrive aujourd’hui à son terme. Mais il en ressort d’autre part une lecture originale du management qui se centre plus sur ses aspects techniques ou sa dimension psycho-sociologique, mais le hisse à la dignité de l’objet même de la philosophie : l’ontologie

Séminaire au Collège d’Études Mondiales : Accélérations et régulations


Accélérations et régulations : les défis de la vitesse pour le vivre-ensemble (Argument et Programme)

Christopher Pollmann

Professeur agrégé de droit public

Université de Lorraine – Metz

Visiting Fellow, Harvard Law School (2001-02)

Hartmut Rosa

Professeur de sociologie

Université d’Iéna (Allemagne)

New School for Social Research, New York

 

Beaucoup de choses s’accélèrent. Nombre de gens voient leur vie s’enfuir et le temps leur manquer… Si l’augmentation des vitesses est réelle, le gain de temps attendu l’est moins. La multiplica­tion des options et l’injonction moderne comme quoi une vie bonne serait une vie bien remplie créent même saturations individuelle et collective.

Dès lors, l’individu “hypermoderne” doit toujours plus mais peut sans cesse moins prévoir et préparer les étapes de sa vie. De même, les besoins de régulation et donc d’anticipation publiques augmentent, alors que l’accélération tech­nique et socio-économique diminue le temps disponible à cet effet. D’où l’ambition de la mécanisation. Ainsi, la politique a déjà été largement trans­férée aux exécutifs, réputés plus rapides. Le droit et la justice, une fois informatisés et “procéduralisés”, seraient commandés par des exigences purement techniques et dépourvus de sens normatif.

Paradoxalement, l’accélération génère une stagnation croissante. Comme le corps humain, lors de son déplacement motorisé, s’immobilise dans des “projectiles”, le collectif pressé, par sa dynamisation privée de direction, subit un enfermement sur le présent. D’où l’impres­sion d’une fin de la politique en tant que possibilité de façonner l’avenir.

Inspiré d’une pédagogie interactive, le séminaire – gratuit et sans inscription – s’adresse à toute personne intéressée et notamment aux étudiants et chercheurs en sciences humaines, en droit et en philosophie.

Dates : les lundis suivants de 18 à 20 h : 8 fév., 7 et 21 mars, 4 avril, 2 et 23 mai, 6 et 20 juin 2016

Lieu : Bât. Le France, salle du Conseil A/B, 190 av. de France, Paris 13e, Métro Quai de la gare

Contact : pollmann@univ-metz.fr, tél. [#33] (0)3 87 76 05 33. Affiches et programme détaillé sur http://arche.univ-lorraine.fr/course/view.php?id=10548.

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Pierre Legendre, Fantômes de l’Etat en France (2015)

Legendre fantômes

« L’immémorial, que les juristes médiévaux désignaient par le terme latin « antiquités », veut dire : nous sommes en règle, proches et distants de ce qui précède et descend jusqu’à nous, univers de discours connus et inconnus constitutifs d’un Commencement érigé en Référence fondatrice. Il faut cette borne, la scène mélancolique d’un Temps immobilisé par la narrations d’un fondement causal, hors du présent qui s’écoule, il faut le Temps de l’ancestralité (Bible, Coran, Récits totémiques, politiques…) pour qu’un système institutionnel non seulement s’édifie, mais se perpétue. »

 

Lien Amazon : Fantômes de l’Etat en France: Parcelles d’histoire

Alexandre Soljenitsyne, Le déclin du courage (1978)

Soljenitsyne

Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière.
Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, dans leurs discours, et plus encore dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place.

Alain Supiot, La gouvernance par les nombres (2015)

Supiot

Le renversement  du règne de la loi au profit de la gouvernance par les nombres s’inscrit dans l’histoire longue du rêve de l’harmonie par la calcul, dont le dernier avatar – la révolution numérique – domine l’imaginaire contemporain. Cet imaginaire cybernétique conduit à penser la normativité non plus en termes de législation mais en termes de programmation. On n’attend plus des hommes qu’ils agissent librement dans le cadre des bornes que la loi leur fixe, mais qu’ils réagissent aux multiples signaux qui leur parviennent pour atteindre les objectifs qui leur sont assignés.